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Beat Cinema - les films de la Beat generation

Beat Cinema - les films de la Beat generation

Dans le contexte de la fin de la seconde guerre mondiale et de certains gouvernements totalitaires, la quête d’une liberté individuelle représente une urgence fondamentale. Différents courants artistiques tels que la « Beat Generation » manifestent l’absence de contraintes par une valorisation de l'acte spontané. La rencontre de Jack Kerouac (1922-1969), William Seward Burroughs (1914-1997) et Irwin Allen Ginsberg (1926-1997), à New York en 1944, marque les prémices de ce mouvement. Le dealer Herbert Huncke (1915-1996), qui initie Burroughs aux drogues dures, répète une expression marquante, « beaten-down », qui devient emblématique du groupe américain. Le corps et l’esprit sont mis à l’épreuve jusqu’à leur épuisement, état qui défie la mort et ouvre de nouveaux espaces psychiques. Une nouvelle conscience du rapport entre la finitude et l’immortalité se joue en différant les limites convenues. L’émancipation sexuelle et le recours à des psychotropes en tous genres marquent leur marginalité au sein d’une société conservatrice. Issue du modèle romantique, cette contestation des normes implique le refus de toute injonction morale. Le quotidien est sans cesse rejoué et risqué par une errance qui repousse les frontières mentales, spatiales et temporelles.

Ces différentes expériences de la démesure et du voyage sont appréhendées différemment dans l’écriture. Tandis que Kerouac juge l’état de transe nécessaire pour entreprendre un texte, Burroughs considère les drogues comme étant incompatibles avec le processus créatif. Pour ce dernier, le sens des mots doit être maîtrisé pour détourner les usages conventionnels. Les codes de la langue anglaise, et, en particulier, les règles de ponctuation, sont court-circuités, en faveur d’un flux au rythme syncopé. Des scansions sont investies comme autant de pulsions, battements hors de la mesure, analogues aux structures improvisées du jazz. Mettant en jeu les limites de la responsabilité d’un auteur, les écrivains développent des processus de production qui provoquent le hasard. A la fois organique et mécanique, ce système des « cut-ups », investi par Brion Gysin (1916-1986) et Burroughs, procède d’une sélection, puis d’une réappropriation parasitaire de matériaux préexistants. D’abord expérimenté au travers de pratiques picturales, ce processus créatif établit des liens entre des fragments d’images et de textes hétéroclites, au moyen de permutations aléatoires exercées jusqu’à la répétition. Cet éclatement de la logique linéaire d’une narration et de l’ordre conventionnel d’une figuration par une structure en réseau, déroute les habitudes de lecture et de visionnement.

Les soirées poétiques initiées par la Six Gallery, en octobre 1955, génèrent des lectures publiques et performatives d’une poésie urbaine qui se répand comme un virus expansif, atteignant le champ cinématographique. Au-delà de la transcription d’une nouvelle en film, les œuvres cinématographiques résultent de collaborations intenses entre écrivains et cinéastes indépendants new-yorkais. La nature subliminale de l’expérience perceptive fait l’objet de recherches autour d’effets stroboscopiques, les séquences apparaissant comme autant d’éclats intermittents. L’impact hypnotique du cinéma sur le spectateur est pensé à partir des stratégies de fascination mises en place par les médias de masse. Cependant, alors même que le dispositif de projection représente une machine à produire du rêve, il est réinvesti en écartant les moyens techniques spectaculaires. A l’origine de la « Dream Machine », l’écrivain Brion Gysin et Ian Sommerville réalisent une lanterne cinétique pré cinématographique qui projette inlassablement les mêmes motifs abstraits. Le refus de recourir aux moyens du divertissement reflète un acte de résistance politique contre l’asservissement de la conscience individuelle induit par l’uniformisation de la culture. Une attention active est sollicitée pour percevoir les différents agencements de fragments similaires. La nature obsessionnelle des répétitions révèle le paradoxe d’une pensée libre; conditionnée par des territoires balisés, l’expression singulière ne peut surgir qu’au sein d’un système défini par des contraintes...

Programme #1

Guns of the Trees - Jonas Mekas - 1962
Pull My Daisy - Robert Frank - 1959

Programme #2

The Flower Thief - Ron Rice - 1960

Programme #3

Shadows - John Cassavetes - 1959

Programme #4

Wholly Communion - Peter Whitehead - 1965
Towers Open Fire - William Burroughs, Anthony Balch - 1963
The Cut-Ups - William Burroughs, Anthony Balch - 1966
The Last Clean Shirt - Alfred Leslie - 1964

Programme #5

Chappaqua - Conrad Rooks - 1966

Programme #6

Me and My Brother - Robert Frank - 1968

Programme #7

The Queen of Sheba Meets the Atom Man - Ron Rice - 1963/82

Informations pratiques

Les places sont limitées, merci de vous présenter aux séances 20 minutes avant le début du film. Pour plus d'informations, consultez les informations pratiques.

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