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Ghédalia Tazartès Plays "Häxan"

Häxan - Benjamin Christensen

Ciné-concert événement donné par Ghédalia Tazartès sur le film Häxan: La Sorcellerie à travers les âges (1922)

Häxan est probablement l’un des films les plus extrêmes et les plus déments de la période du muet. Production suédo-danoise et plus gros budget jamais alloué à un film scandinave à l’époque, il s’agit d’une étude sur la perception de l’aliénation mentale à travers le temps, du Moyen-Âge à la psychiatrie moderne en passant par les dérives de l’Inquisition. Tourné dans un style proche du documentaire, il montre de quelles manières les victimes de maladies mentales furent victimes de superstitions et d’incompréhension ayant conduit à d’épouvantables chasses aux sorcières. Extrêmement démonstratif pour l’époque (tortures, démons, sortilèges, sabbath et Satan en personne apparaissent à l’écran), le film fut un succès local, mais a été totalement interdit aux Etats-Unis et largement censuré à travers le monde pour cause de complaisance dans la violence et dépravations sexuelles. En 1968 sortit un montage plus dynamique du film, bénéficiant d’une narration de William S. Burroughs. C’est sur celle-ci que se produira Tazartès.

À l’ombre de l’hystérie de la musique, enchantant seul et libre les Bois de Vincennes aux coulisses des spectacles de danse, de théâtre, et du cinéma, le musicien-poète Tazartès, possédé par Verlaine, Rimbaud ou Malarmé qu’il a d’ailleurs interprété, apparaît comme l’un des sorciers essentiels de la musique expérimentale. Mystérieux nomade à la production rare, mais dont l’influence a été majeure dès le milieu des années 70, (cité dans la liste référence établie par Nurse With Wound en 79) il propose ici un dialogue d’objets et de voix dont les émotions et le son du langage éclipsent la signification. Artiste empirique et autodidacte travaillant le son d’une manière quasi cinématographique, Tazartès s’est artisanalement créé un monde musical à part où des ritournelles hallucinées sont découpées et réappropriées par la manipulation de bandes magnétiques sur lesquelles il dessinait. Dans son chaudron sonore, musique traditionnelle et expérimentale se confondent, s’appellent "impromuz" et s’exilent dans une diaspora perpétuelle, une magie spontanée qui échappe aux certitudes et emmène les idées fixes en voyage durant l’instant unique de ses performances.

Vendredi 21 oct., 20:30
Lieu: Salle Paderewski, Cinémathèque suisse