Carte blanche à O’Malley
Duo fabuleux fondé sur le concept selon lequel « tout le monde joue tout le temps » et fidèle à l’instrumentation des premiers ensembles minimalistes. En duo, Tony Conrad et Keiji Haino ne dérogent pas à cette idée que la musique est un rituel dans lequel chaque instrument participe équitablement : ce n’est pas le résultat final qui compte, mais l’instant sans limite des sons joués ensemble.
TONY CONRAD (Table of Elements/US)
Violoniste, cinéaste, écrivain, né en 1940 ; Tony Conrad est une personnalité centrale des avant-gardes de la deuxième moitié du XXe siècle. Notamment membre clé du quintet Theatre of Eternal Music (que Conrad appelle parfois avec un soupçon d’ironie le Dream Syndicate), qui a initié au début des années 60 ce qu’on appelle, de manière réductrice, le minimalisme, alors fortement influencé par le drone indien (bourdonnement continu formant l’armature autour de laquelle tourne la musique indienne). Le quintet (qui rassemblait en son sein La Monte Young et Marian Zazeela, mais aussi John Cale et Angus MacLise qui, quant à ces deux derniers, firent partie ensuite du Velvet Underground), s’immergea dans les flux continus de fréquences « pures » où les notions de début, de fin, d’anticipation, ou de climax perdent leur sens au profit d’une attention toute particulière à la nature du son et de son signal. Ils se libérèrent par là de toute « partition » devenue vaine une fois baignés dans le sentiment extatique d’éternité que procure la répétition du même son. L’harmonie cessant d’être un objectif en soi, ils inventèrent un nouveau langage musical, focalisé sur les transitions et intersections de fréquences harmoniques, dissonantes certes, mais presque jamais discordantes.
Suite à la dislocation du groupe en 1965, Conrad continua son « activité » suivant le chemin du démantèlement de l’édifice de la Haute culture musicale occidentale. Il vint à collaborer avec Faust, Gastr del Sol (David Grubbs et Jim O’Rourke), ou avec Charlemagne Palestine. Par ailleurs, Conrad est aussi un des pionniers de la contre-culture cinématographique, de l’« Underground Movie », en inventant le genre structuraliste composé de motifs stroboscopiques de lumière (Flicker, 1966).
KEIJI HAINO (P.S.F. Records/Tzadik Records/Alien8 Recordings/JP)
Artiste culte de la culture underground japonaise et mondiale, Keiji Haino (né en 1952) mettait sur pied, en 1970, Lost Aaraaff, sa première formation free jazz. Ceci précéda de huit ans la signature de l’acte de naissance de Futshitsusha : power trio qui renversa le New York de la fin des années 80, par la puissance des volumes et l’intensité de ses prestations scéniques, selon les dires de Thurston Moore. Hanté par le blues primitif, la musique monastique du Tibet, Antonin Artaud, le psychédélisme, et le hard rock de Blue Cheer, Haino en solo chante le corps électrique dans des concerts qui ressemblent plus à des cérémonies incantatoires où l’engagement physique est total, qu’à un spectacle divertissant. Une fois en transe, fusionnant littéralement avec sa guitare électrique pourpre qu’il considère comme une « arme d’expression de soi», le temps ne compte plus. Il peut alors jouer plus de quatre heures durant, possédé par son instrument ou plutôt par le son. Contenu pourtant par le programme du LUFF, le chaman donnera deux performances pour notre plus grand bonheur. La première en duo avec Tony Conrad, et la seconde en solo, le lendemain à 20h30, dans la salle Paderewski sur le film JO de Cameron Jamie.
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