Interview: Cécile Babiole (SSS)
Un peu d'actualité autour de Cécile Babiole, membre de SSS, qu'on a pu voir lors de notre édition 2006. Une artiste protéiforme à l'aise dans des domaines aussi différents que la musique, l'imagerie 3D, la mise en scène, ...
Q On a pu voir que SSS tourne encore très régulièrement (vous étiez d'ailleurs à Genève au Festival Electron le 28 mars dernier), mais parfois sans Atau Tanaka. Nous avons pu profiter au LUFF du trio, comment se passent vos performances en duo?
R Les performances sans Atau sont moins spectaculaires car manque la présence très intense d'Atau et sa manière étonnante d'utliser son système de capteurs musculaires. A deux, le set est donc moins scénique; mais je crois que sur le plan sonore et des visuels, Laurent et moi avons une grande complicité qui rend le jeu très senti, fluide et harmonieux.
Nous ne jouons pas exactement les mêmes morceaux qu'a trois, ils sont adaptés et nous jouons aussi des pièces spécifiques élaborées dans le même esprit que SSS à trois.
Q Ta dernière création Mexican Standoff, réalisé en collaboration avec Laurent Dailleu, s'inspire beaucoup du cinéma de série B et des années 50. Quelle est ta relation avec le cinéma en temps qu'artiste?
R J'ai une grande affinité pour le cinéma underground, en particulier celui des années 60 et 70 que je trouve d'une inventivité et liberté incroyable. J'ai une prédilection pour les films de genre, de science fiction, d'horreur, les ovnis cinématographiques érotiques à la Jess Franco etc... qui parlent directement à notre inconscient.
Avec Mexican Standoff, l'idée est de faire une relecture de cette cinématographie, de la scruter au microscope et de créer en direct un film qui ne raconte rien mais navigue dans le grand collage protéïforme de notre mémoire collective.
Q Ton installation Shining Field est un projet gigantesque, qui fait aussi un joli clin d'oeil au cinéma de science fiction. Investir un tel espace semble être un vrai défi, surtout que tes autres installations sembles plus intimistes, ou du moins demandent moins d'espace. Qu'as tu retiré de ce projet?
R Ce n'est pas un désir mégalo, mais plutôt un intérêt de longue date pour l'architecture industrielle et l'imaginaire qui lui est attaché.
Avec ce projet d'"aéroport pour Martiens" j'ai voulu investir d'une manière science-fictionnesque et poétique des friches industrielles. J'ai été fascinée par ce type d'espaces lorsque je vivais en Lorraine qui regorgeait (en 1980 -81) d'anciennes usines abandonnées, d'anciennes installations militaires...
J'ai eu la chance de pouvoir montrer Shining Field à Tallinn en Estonie en janvier dernier, dans l'ancienne usine d'éléctricité où Andreï Tarkovski a tourné Stalker. Tu imagines le décor!
De ce projet j'ai retiré l'intérêt de travailler in situ dans des lieux hors norme, chargés d'histoire...
Sinon le travail du son n'est pas différent de celui d'une salle de concert, en tout cas pour la taille.
J'aimerais montrer Shining Field dans des bases sous-marines de la dernière guerre comme à Saint-Nazaire, Lorient ou Bordeaux...
Q Tes travaux sont le plus souvent très techniques. Gères tu tout l'aspect technologique par toi même ou préfères-tu travailler en équipe?
R Je n'ai pas du tout l'impression de faire des choses très techniques, j'utilise juste la technique adéquate en fonction des besoins, parfois la technique est totalement basique et analogique, par exemple pour:
Doom ou RPM ou même I'll be your Mirror mon prochain projet, les images sont en 3D mais à part ça pas de high-tech.
Je fais appel à des collaborateurs seulement de manière ponctuelle quand je ne sais pas faire, par exemple, réaliser un montage électronique (hardware) . Pour la programmation, le son, la vidéo, la 3D... je me débrouille le plus souvent seule.
Je suis un électron libre, je n'aime pas les grosses équipes ni l'organisation et la hiérarchie que cela suppose. Je ne me sens bien qu'en petit comité, en travaillant en solo ou avec un ou deux pairs (musiciens, danseurs ou plasticiens) concentrée sur le travail créatif et non sur la gestion d'une équipe.
Q Préfères tu travailler en résidence ou apprécies tu mieux le calme de ton propre atelier/studio ? Tu as déjà travaillé plusieurs fois avec La Filature à Mulhouse, qui abrite entre autre l'Orchestre Symphonique de Mulhouse et l'Opéra national du Rhin, que propose ce lieu aux artistes en dehors des scènes pour les représentations au public?
R A la Filature je bénéficie de temps et de moyens matériels de création: par exemple en 2008 un mois de plateau équipé de son et vidéoprojection pour les répétitions de danse de I'll be your Mirror, 15 jours de studio son-vidéo pour la création de la performance image/musique Mexican Standoff.
Ce sont des conditions idéales pour travailler, nous logeons au dessus des studios et sommes concentrés à 100% sur nos créations, isolés de nos occupations habituelles. C'est très stimulant.
Je travaille et prépare beaucoup seule chez moi à Paris, mais les résidences sont les moments ou l'on assemble et confronte les éléments élaborés séparément.
Par ailleurs, à Paris je n'ai pas d'"atelier" comme tu dis, seulement un coin équipé de mon appartement avec mes ordis un système d'écoute et des écrans.
Les résidences sont donc aussi l'occasion d'avoir de l'espace (indispensable pour la danse), de pouvoir tester les choses en taille réelle et non en micro-maquette, de pouvoir se réunir à plusieurs et de pouvoir faire du son fort!
Q Vous étiez invités au LUFF en 2006, quel souvenir as tu gardé de cette soirée?
R C'était tout simplement génial à tout point de vue, la programmation, le son (énorme!) l'accueil adorable!!! Je ne vais pas en dire plus pour ne pas heurter ta modestie!
Q Quels sont tes projets à venir?
R Fin 2008, I'll be your Mirror un spectacle pour une danseuse, Blandine Pinon, et des personnages en 3D.
En 2009 Donjon avec le musicien Québécois Jean-Michel Dumas: cérémonie SM électronique au cours de laquelle nous maltraitons des objets sonores en 3D.
Et aussi des installations et pièces sonores et lumineuses non encore planifiées.
Q Si on t'envoie un abonnement pour l'édition 2008 du festival, tu auras le temps de venir faire un passage en suisse pour les vacances?
R Je viens de regarder les dates du festival du 15 au 19 octobre 2008, ce serait parfait, je viendrais juste de finir ma création I'll be your Mirror à la Filature ( le 14 octobre) je serais ravie de venir.
Et sinon pendant l'été oui pourquoi pas un passage en Suisse. J'ai des occupations prévues mais il reste un peu de temps libre. Dis-moi quand il y a des choses intéressantes à voir ou écouter cet été à Lausanne.
